Taux faibles : en France, les épargnants font de la résistance

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La politique de taux faibles de la Banque centrale européenne vise à pénaliser l'épargne liquide et sans risque afin d'encourager l'investissement et la consommation. Mais les ménages restent sourds à ces messages, préférant gonfler les dépôts à vue à un rythme étourdissant plutôt que de dépenser.

En poussant les taux au plus bas, la BCE espérait inciter les ménages à investir davantage en actions – pour stimuler les entreprises – ou alors à consommer. Mais ce n’est pas vraiment ce qui arrive.
En France 
les dépôts à vue ne font que grimper, et frôlent désormais les 400 milliards d’euros d’encours

, presque au même niveau que le Livret A et le livret de développement durable et solidaire (LDDS). Au premier trimestre, les ménages ont ainsi versé 18,6 milliards d’euros en numéraire et dépôts à vue, deux fois plus qu’au quatrième trimestre 2018.
Rémunération faible
Deux raisons à cela : Les épargnants français aiment traditionnellement les placements liquides et peu risqués. Par ailleurs, les produits d’épargne très liquides étant faiblement rémunérés, les ménages ne voient pas forcément l’intérêt d’un autre placement que le compte courant. « Malgré une inflation qui est toujours autour de 1,2 % en juin le contexte de taux bas dissuade de préférer des placements légèrement mieux rémunérés. Par paresse, les ménages laissent leur argent sur ces comptes, l’écart de taux n’est pas suffisant pour justifier un déplacement vers d’autres types de produits », souligne Eric Buffandeau, économiste chez BPCE.
« La multiplication des incertitudes »
De plus, la tendance à la prudence – et donc à l’épargne – reste forte au sein de la population, le taux d’épargne restant, derrière l’Allemagne, le plus élevé d’Europe. Même les mesures de soutien au pouvoir d’achat décidées au moment de la crise des « gilets jaunes » n’ont pas poussé à la consommation. 
La croissance a ainsi plafonné à 0,2 % au deuxième trimestre

, faute d’un rebond de la consommation.
Les Français ont en moyenne 
préféré « empocher » leurs gains de pouvoirs d’achat

. « Malgré les primes défiscalisées, le versement anticipé des réductions d’impôt, l’amélioration de certains minima sociaux, etc., les ménages n’ont pas accru leurs dépenses. Ils ont préféré épargner comme l’indique le montant élevé des collectes nettes du Livret A (+11,57 milliards d’euros) et de l’assurance vie (+15,1 milliards d’euros) [au premier semestre, NDLR]. Le montant des dépôts à vue a été multiplié par deux en douze ans », souligne Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne.
Nouvelles baisses de taux à venir
Pour soutenir l’activité en Europe, la BCE envisage désormais de nouvelles mesures qui pourraient intervenir en septembre… Mais elles pourraient en réalité encore renforcer l’appétit des Français pour l’épargne. Dans l’hypothèse d’une nouvelle baisse de taux, « les épargnants voient leurs revenus d’épargne baisser et du coup, ils ont plutôt tendance à épargner un peu plus », explique Valérie Plagnol, économiste et présidente du cercle des épargnants, association d’épargnants souscriptrice des produits de Generali.
« 

, les particuliers épargnent plus. C’est une idée développée par l’économiste Ricardo. Les gens complètent la faiblesse des rendements par une addition d’épargne supplémentaire », abonde Bruno Colmant, chef économiste chez Degroof Petercam. « Pourquoi ? Parce que cela crée une peur sur le dysfonctionnement du système. Qui plus est, pour des populations touchées par le vieillissement, la tendance à épargner est encore plus importante. Autrement dit, les taux d’intérêt bas ne stimulent en rien la consommation », poursuit-il. La passion française pour l’épargne n’est pas près de s’éteindre.

Solenn Poullennec avec E. Le.

Francine Pernod

Francine Pernod

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