La chronique de David Abiker : nos enfants se prennent pour des clients !

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Nos enfants - qui ne le sont plus tout à fait - se comportent avec nous comme si nous étions leurs fournisseurs. David Abiker, ancien DRH, journaliste à Europe 1 et Canal+, en a fait l'experience.

Début août je prenais un verre avec ma cousine Isadora. Une mère exemplaire, spécialisée dans le bonheur familial et hyper-attentionnée. Elle me disait qu’elle avait un peu trop habitué ses enfants, de jeunes adultes actifs de 25 ans environ, à prendre en charge le moindre de leurs désirs. Et Isadora de me lire ce mail que son fils lui avait adressé la veille “Hello Maman, j’arrive de Berlin demain soir, il y aurait un deuxième climatiseur pour moi à la maison ?” (Il faisait cette semaine-là 35° à Paris).
– Non mais tu te rends comptes ? Si je traduis, il dit que si il n’y a pas de clim, il se réserve la possibilité de ne pas venir ! Mais quel culot. Tu crois qu’il me dirait “Maman j’aimerais bien te voir, j’espère qu’il y a chez toi un peu d’air frais ! ”
– Tu as répondu quoi ?
– Je lui ai répondu (au prix d’un fort sentiment de culpabilité maternelle) que je ne faisais pas AirBnB.
Pour la rassurer, j’ai sorti ce mail reçu le jour-même de ma fille aînée. ” Papa, tu peux me prendre un billet pour l’Espagne deux jours après vous ? Je dois faire mes vaccins pour le Vietnam et je pourrai pas partir le même jour “.
– Tu te rends compte ? Cette quiche est en vacances depuis un mois et demi, on a annoncé les dates des vacances en famille il y a des lustres mais comme elle est bordélique, il faut changer son départ pour qu’elle puisse partir tranquillou au Vietnam quand MOI je recommencerai à bosser !
On s’est regardé, nous demandant si nous avions affaire à nos enfants ou à des clients ? C’est à ce moment qu’Isadora et moi avons échafaudé cette théorie. Nos enfants nous considèrent comme des plateformes de services. Il leur faut tout et tout de suite en téléchargement. Il faut qu’on s’adapte à leurs indécisions, à leurs changements de planning et même à leur désorganisation.
– On est devenus des services de conciergerie !
– Oui, pire, on est des Uber-Parents, des Butler-Parents, on vaut pas mieux que des loueurs de bagnoles. Ils réservent, ils annulent, ils reportent !
– Avec notre argent en plus !
– Et nous on pédale derrière façon Deliveroo…
– Et quand on sera vieux, ils vont nous abandonner comme des trottinettes sur le bitume parisien. Génération quand je veux, si je veux.
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Ce qui est curieux, c’est qu’on se laisse faire. Ça m’a donné une idée. Isadora et moi devrions faire des conférences ultra cher devant des responsables de marketing et des directeurs de relation-client. On expliquerait comment on a fidélisé nos enfants.
– Comment on s’adapte à leur désir.
– Comment on répare leurs conneries oui !
– Comment on paye tout !
– Comment on se plie en quatre !
En finissant mon Martini, j’imaginais le public de notre conférence, debout, pour une standing ovation, nous suppliant de livrer notre secret pour servir aussi bien nos enfants-clients. Car il faudrait bien leur donner la recette. D’où vient cette énergie secrète qui consiste pour nous autres parents à nous comporter en pro du service, attentionnés, agiles, empathiques, ouverts 24/24…
– C’est l’amour a conclu Isadora en terminant son Spritz.
– Ouais, t’as raison c’est l’amour et la culpabilité. Tu crois que les boites sont capables d’aimer leurs clients comme on aime nos rejetons, en nous sentant aussi coupables de n’être pas à la hauteur ?
Isadora a repoussé son verre un peu lasse.
– Non, même si les clients payent alors que les enfants nous coûtent un bras, on ne peut pas aimer ses clients comme on aime ses enfants car on ne met pas au monde ses clients.
On s’est quittés avec dans nos Smartphone plein de réclamations, de commandes, d’annulations et de demandes d’intervention rapides de nos enfants-clients… Le 7 octobre, l’Association Française de la Relation Client remettra ses Awards. Isadora et moi sommes candidats.
>> Retrouvez les chroniques de David Abiker

Francine Pernod

Francine Pernod

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