Isolement, carrière ralentie… 9 idées reçues sur le télétravail

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On bosse moins, on n'évolue pas, on peut bosser en charentaises…Autant de stéréotypes que nos experts ont examiné à la loupe.

1. Le télétravailleur bosse moins que les autres
ArchifauxLoin des yeux, loin du labeur ? Sans pression directe d’un chef, le «teleworker» va-t-il buller ou céder à des distractions telles que nourrir le chat, ouvrir le frigo, comater devant une compil Best Goals Ronaldo, caresser le chat… Pour Frantz Gault, «c’est une contre-vérité, les études prouvent au contraire que le télétravail booste la productivité. A commencer par celle conduite en 2013 par Nicholas Bloom, professeur d’économie de l’université de Stanford, sur l’agence de voyages chinoise Ctrip. Intitulée Does Working from Home Works ?, elle montre que la performance des home workers était supérieure de 13% à celle des salariés sur site.
Notre propre enquête auprès de nos clients (12 000 répondants) confirme ce fait : 96% des managers jugent que le volume du travail abattu est supérieur chez soi.» «Par ailleurs, ajoute Matthieu Billette de Villemeur, on observe une baisse des arrêts maladie de 5,5 jours par an chez les télétravailleurs. Moins malades, plus disponibles… Les journées off the office jouent le rôle de respirations salutaires.»
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2. Il est seul au monde
Rarement vraiCertes, on peut faire un Skype vidéo. Mais nous parlons ici du contact en chair et en os. D’emblée, Frantz Gault démine : «En France, le télétravail correspond surtout à des dispositifs d’un à deux jours par semaine. Dans cette limite, il n’y a pas de tour d’ivoire, au contraire, on déguste le calme. Au-delà…» Une étude Malakoff-Médéric révélait récemment que la durée idéale était de 6,8 jours hors les murs par mois. Et l’Organisation internationale du travail recommande de ne pas excéder trois jours par semaine. Si c’est plus, «mieux vaut créer des routines de communication avec ses collègues, préconise Matthieu Billette de Villemeur. Dire bonjour ou s’offrir une pause café en visio casseront l’impression d’abandon.»
3. Il communique moins bien
Vrai et fauxDistance oblige, il y aurait déperdition de l’information. Le boss dit blanc, on entend gris. Pourtant, les outils digitaux qui maintiennent le lien pullulent, des messageries d’équipe (Slack, Microsoft Teams…) aux conférences vidéo (Skype, Amazon Chime…). Selon une étude LBMG, 71% des salariés estiment que le télétravail ne nuit pas à l’échange d’infos. «Mais, il faut l’avouer, l’éloignement rend l’échange moins fluide, admet Matthieu Billette de Villemeur. Les petits ajustements à l’oral risquent de passer à la trappe.» L’expert contrebalance aussitôt : «Ces outils présentent néanmoins un avantage : ils forcent à écouter ou lire l’autre jusqu’au bout. On se coupe moins la parole, on s’écoute mieux.» Et, cerise sur le gâteau, on échappe aux derniers ragots de la boîte.
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4. Il est monotâche
Quasi vraiCe luxe ! Bosser sans être interrompu. En 2010 déjà, une étude Sciforma établissait que la concentration maxi d’un salarié était de… douze minutes. «D’autres recherches, explique Frantz Gault, établissent qu’il faut quinze minutes après une interruption pour que le cerveau se remobilise à 100%.» L’enfer des open spaces et autres bureaux en îlots. «Le télétravailleur peut se mettre en mode avion et rester concentré, je préfère ce mot à celui de “monotâche”, pendant deux heures, note Matthieu Billette de Villemeur. Grosse différence avec le salarié sur site qui, en dépit du Post-it “Ne pas déranger” placé en évidence sur son bureau sera embêté quand même…»
5. Les transports ne bouffent pas tout son mojo
VraiSelon l’étude Malakoff-Médéric 2019, la motivation numéro 1 du télétravail (pour 54% des sondés) est la réduction du temps de trajet domicile-boulot. On comprend. En Ile-de-France, la durée moyenne de transport est de trois quarts d’heure matin et soir (Salesforce/BVA Opinion, «Les salariés et la mobilité», 2018). Et c’est parti pour un métro-boulot-dodo. «Le gain de temps du télétravailleur est inestimable, juge Frantz Gault, car cela représente aussi moins de fatigue et de stress : après un long trajet en sardine, on a déjà perdu 50% de son énergie. Et de sa propreté !» Revers de la médaille, la sédentarité. «Il faut, conseille Matthieu Billette de Villemeur, convertir ce temps gagné en exercice. S’imposer une petite marche express matin, midi et soir, par exemple.»
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6. Il peut bosser en charentaises
Vrai…mais attentionTravailler depuis son lit, le cheveu gras, traîner une gueule de bois sans avoir besoin de sourire ou de faire semblant… La liberté ! Frantz Gault se souvient de ce DRH qui télétravaillait en short et en tongs pendant la canicule. Si ce n’est pas de la qualité de vie au boulot, ça ! Matthieu Billette de Villemeur nuance (et casse l’ambiance) : «Attention, le télétravail ne libère pas des responsabilités et des procédures à respecter. On fait toujours partie d’une team, on fait toujours du reporting… Et je conseille de garder une posture professionnelle. S’habiller, choisir un espace réservé au travail.» Objectif : ne pas courir le risque de se transformer en geek en pleine déchéance, entouré de cartons de soupes chinoises.
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7. Il s’occupe mieux des enfants
Vrai, mais…Ceux qui ont vécu des grèves de crèche ou d’école comprendront. Le télétravail est alors votre ami, surtout quand le choix de votre jour est flexible. D’ailleurs, 85% des télétravailleurs apprécient ce meilleur équilibre vie pro-vie perso (toujours l’étude Malakoff-Médéric). D’accord, mais à condition de poser ses limites. Frantz Gault l’affirme : «Le home working devient difficile avec des enfants en bas âge. Il faut agir sur deux fronts et ce n’est jamais simple.» Matthieu Billette de Villemeur confirme : «Aux yeux du conjoint par exemple, le télétravailleur n’a pas d’excuse pour ne pas faire les devoirs avec l’un, donner le goûter à l’autre, voire s’occuper des enfants de la voisine quand la crèche est en grève.» Attention au risque de surcharge mentale ! Vous êtes en télétravail, pas au repos : prenez vos dispositions pour ne pas (trop) jouer les nounous.
8. Sa carrière n’évolue pas
Peut-être…«La formule est trop récente pour émettre un avis tranché, chiffré, estime Matthieu Billette de Villemeur. Mais on m’a déjà rapporté qu’en entretien annuel, certains s’entendent dire “Pas d’augmentation cette année, tu as déjà la chance de télétravailler”. De même, un manager à l’ancienne aura peut-être tendance à ne pas revaloriser le salaire d’un collaborateur “invisible”.» «Certains accords cadres stipulent qu’en cas de changement de poste, le renouvellement du statut de télétravailleur n’est pas automatique, ajoute Frantz Gault. Ce qui inciterait l’intéressé à ne pas bouger.» Eclaircissez bien les choses avec votre DRH.
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9. Il met la sécurité des données en péril
Plutôt fauxSelon une étude Symantec de 2017, 86% des salariés à distance utilisent leur propre matériel informatique pour travailler. Et 42% déclarent ne pas mettre à jour leur système de sécurité. Aïe. Frantz Gault tempère : «C’est une excuse brandie par les entreprises frileuses sur le sujet. Ce n’est pas très compliqué de créer un réseau privé sécurisé (VPN) auquel le télétravailleur aura accès. Un salarié à domicile n’expose pas plus ses données qu’un cadre claviotant dans le TGV. Il faut seulement respecter des règles, limiter les périphériques externes (clés USB, disques durs…) et blinder son PC avec un système de protection contre les virus et autres malwares.» La balle est dans le camp des services informatiques…
Par Frantz Gault, fondateur de LBMG Worklabs, cabinet spécialisé dans le télétravail et Matthieu Billette de Villemeur, créateur du site teletravail.fr et auteur de Le Télétravail en pratique (Gereso, 2019).

Francine Pernod

Francine Pernod

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