Horaires aménagés, réseau social interne… ces entreprises ont dit stop à la surchauffe de leurs salariés

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Horaires aménagés, codes couleurs, réseau social interne : ces entreprises “classiques” ont récemment décidé de prendre à bras le corps la charge mentale de leurs collaborateurs. Leurs solutions.

Si la charge mentale est reconnue depuis longtemps dans les métiers où la sécurité des usagers et des patients dépend de la vigilance de quelques-uns (médecine, aviation…), elle l’était jusqu’à présent beaucoup moins dans des domaines considérés comme moins exposés. Or la complexification du travail et l’usage des outils numériques cumulés aux exigences d’efficacité, de réactivité et de productivité augmentent dangereusement le nombre de sollicitations cognitives auxquels salariés et cadres sont aujourd’hui soumis. Et ce, dans quasiment tous les secteurs professionnels. Certaines entreprises ont d’ailleurs progressivement mis en place des initiatives pour s’atteler au problème. Quelques exemples.
Groupe PSA – Des aides automatisées et des pauses méditation
Dans le secteur automobile, le temps où chaque opérateur effectuait une seule tâche simple, selon un processus de production inspiré du taylorisme et du fordisme, est depuis longtemps révolu. Les opérateurs manœuvrent aujourd’hui des machines intelligentes et effectuent une multitude d’actions précises et minutieuses. A Sochaux, l’usine terminale du Groupe PSA produit des véhicules complets, multimarques. Sur une même ligne de production, on peut ainsi trouver des Peugeot ou des Opel, des berlines ou des breaks. Pour corser le tout, la personnalisation des véhicules en fonction du client impose des actions différentes : installation de divers types de sièges, de sonorisation, etc. «Chaque technicien réalise entre cinq et vingt opérations, du simple clipage au façonnage complet d’une pièce. Le temps et la nature de l’opération changent en fonction du véhicule ce qui demande en amont une formation pour chaque voiture», détaille Cécile Chamagne, responsable ergonome du site de Sochaux.
Pour diminuer le stress lié à la peur d’oublier des pièces et à la nécessité de mémoriser toutes les opérations à effectuer, un certain nombre d’aides ont été mises en place. Des lumières placées au-dessus des bacs à outils indiquent au technicien l’emplacement de l’outil approprié au type de véhicule qui arrive sur sa ligne de montage. Une concordance de codes couleurs a été créée entre les pièces et les meubles dans lesquels elles doivent être replacées par les ouvriers. «En travaillant sur les informations donnés aux techniciens et sur leur présentation, nous avons cherché à créer des automatismes, afin de libérer des ressources cognitives», ajoute Cécile Chamagne. Cet allègement des processus mentaux requis pour chaque tâche a évidemment des conséquences sur la qualité et la productivité. «Nous avons divisé par trois les erreurs affectant la production, conclut l’ergonome. Et les trois quarts des opérateurs se déclarent satisfaits de cette nouvelle organisation.»
Sur ses sites moins techniques, le Groupe PSA invite ses salariés à des conférences expliquant les apports de la pleine conscience. Ou comment le cerveau enregistre tout ce que l’on fait et la façon dont il est distrait par de multiples sollicitations. “Cette approche est pour nous une façon d’allier performance et bien-être des salariés”, explique Virginie de Préneuf, responsable de l’Académie corporate au sein de l’université du Groupe PSA. De son côté, le Dr Christine Barois, qui dirige des ateliers de pleine conscience en entreprise, rappelle que «l’attention est un acte volontaire» : «L’intérêt de méditer, c’est d’amener les personnes à discerner l’urgent de l’important en évitant d’être constamment dans la livraison d’une tâche ou d’un travail.»
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Hays – Des locaux fermés à heure fixe
Chez Hays, un important cabinet de recrutement qui emploie 850 salariés dont presque 500 consultants, les collaborateurs doivent satisfaire des clients exigeants en respectant les délais prévus. Pas toujours facile. Si une table de ping-pong ne change pas le quotidien d’un service, le cabinet a quand même investi, il y a deux ans, dans la création de multiples espaces de détente et de jeux, ainsi que dans un renouvellement des sièges utilisés par les collaborateurs. Créer des conditions de travail plus agréables est de nature à diminuer le stress ou l’inconfort généré par des locaux inadaptés. La société est allée plus loin en modifiant aussi certains aspects de son organisation de travail interne. «A leur retour de congé maternité, les commerciales bénéficient d’une garantie de salaire et d’horaires aménagés», précise Marion Gadot, responsable de la gestion de carrière des managers. La semaine de reprise, les jeunes mamans ont ainsi deux heures de travail en moins par jour, «pour leur laisser le temps de relancer leur activité»…
La société a également fait des efforts pour permettre à ses salariés de mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle, en intervenant notamment sur les horaires. Tous les vendredis, les salariés terminent à 16h15. Le reste de la semaine, les bureaux du groupe ouvrent leurs portes à 7h30 et les ferment à 20h30. Certes, l’amplitude reste importante, mais «auparavant, remarque Marion Gadot, certains consultants s’attardaient bien plus. Désormais, la fermeture des bureaux est fixe. Au-delà de ces horaires, l’alarme se met en marche.» Et comme, confidentialité oblige, les consultants ne disposent pas d’outils pour emmener du travail chez eux, cette organisation les oblige à finir leur journée dans les temps. Toujours dans la volonté de mieux agréger vies pro et perso, le cabinet propose des formations internes sur la façon de gérer son activité. «Beaucoup de nos postes sont multicasquettes, mêlant activité de consultant et de recruteur.» Les collaborateurs gèrent leurs priorités en fonction des heures de la journée. Le développement commercial a plutôt lieu le matin et l’activité de recrutement, souvent constituée d’entretiens, plutôt l’après-midi.
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Orange – Des outils de vigilance numérique
Chez Orange, les salariés du groupe sont hyperconnectés. Tous ont accès à une messagerie, utilisent Skype quotidiennement, ainsi qu’un logiciel permettant l’organisation de réunions à distance en audio comme en vidéo. Et puis il y a Plazza : le réseau social de l’entreprise, qui permet aux communautés de cadres de communiquer entre elles, fédère plus de 75.000 utilisateurs. A cela s’ajoutent tous les réseaux (Facebook, Whats App, Instagram) que les collaborateurs du groupe utilisent à titre privé. «Nous subissons des sollicitations sur différents canaux qui s’apparentent parfois à une véritable pollution numérique», assure Alain André. Le directeur de la prévention et de la qualité de vie au travail du groupe Orange a participé à la mise en place d’un bilan individuel des usages numériques des salariés en vigueur depuis deux ans.
Concrètement, chaque collaborateur du groupe peut apprécier la quantité et la répartition quotidienne de ses échanges par le biais des e-mails et de la messagerie instantanée. Il a ensuite accès, via un login et un identifiant personnel, à un autodiagnostic sur l’intranet de l’entreprise. «Les salariés peuvent y consulter un historique de leurs usages des e-mails, de Skype et du réseau social de l’entreprise sur douze mois. Ils évaluent ainsi leur temps de connexion, le nombre d’e-mails reçus et envoyés le jour comme la nuit, pendant les jours de travail comme les jours non ouvrés», explique Philippe Trimborn, directeur de l’innovation sociale et de la transformation digitale. Il est également possible de comparer la moyenne de ses propres usages avec celles de sa direction et des collaborateurs ayant le même métier que soi. Les managers, eux, reçoivent le bilan mensuel global et non nominatif de leur équipe. «Ils apprécient ainsi la nature des sollicitations de leur collaborateurs. Ce n’est pas une mesure de performance mais véritablement de sensibilisation», souligne Alain André. Une façon de suggérer aux salariés comment s’autodiscipliner. De fait, remarque le directeur prévention : «Ce bilan m’a fait réaliser que j’écrivais bien plus de courriels après 18 heures que ce que je pensais !»
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Microsoft France – Le droit à la déconnexion pour tous
Chez Microsoft, tous les salariés sont équipés de MyAnalytics, une application qui enregistre sur vingt-quatre heures l’utilisation de la boîte e-mail, de l’agenda et de Team, l’outil personnalisé de collaboration interne à l’entreprise. Chaque salarié paramètre à sa guise les horaires sur lesquels il souhaite plus particulièrement obtenir un bilan. «Je m’en sers principalement pour évaluer le temps que je passe sur mes dossiers comparé à mon temps de présence en réunion. Cela me permet de hiérarchiser mon organisation d’une semaine sur l’autre», confie Marion Giroud, responsable communication. Le groupe a aussi planché sur le droit à la déconnexion de ses collaborateurs et sur le respect de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle.
Une réflexion qui a débouché sur de simples préconisations. Vincent Segui, directeur des relations sociales, en rappelle quelques-unes : «Nous engageons les managers à ne pas programmer de réunions avant 9 heures du matin et pas après 18 heures. A ne pas se connecter le soir. Les réunions ne doivent pas excéder trente à quarante-cinq minutes et, si elles se succèdent, il faut prévoir un quart d’heure entre chacune d’elles pour débriefer et préparer la suivante. Nous recommuniquons régulièrement sur ces principes.» Pour Racha Abu El Ata, directrice santé de l’entreprise, les limites sont aussi à rappeler par le chef de service. «Si un membre de mon équipe m’envoie un e-mail après 20 heures, précise-t-elle, je lui réponds le lendemain, sauf situation exceptionnelle, en lui rappelant de respecter certains horaires.»
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Francine Pernod

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