Les petits secrets de Jean-Paul Mochet, le patron de Monoprix

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Cet autodidacte, DG de Franprix depuis onze ans, vient de prendre aussi la direction de Monoprix. Il a désormais la haute main sur l’activité la plus stratégique et la plus rentable du groupe Casino. L’occasion pour lui de sortir de l’ombre.

Né le 18 août 1964, à Paris Carrière : en 1988, il ouvre une pizzeria. En 1994, il entre chez Quick comme gérant de restaurant puis devient directeur pour la région parisienne. En 2000, il rejoint le groupe Casino comme directeur de supermarché, passe directeur régional Paris Ouest en 2005, puis directeur d’exploitation, avant de décrocher le poste de P-DG de Franprix en 2008. Cet été, il a été nommé président de Monoprix tout en gardant la direction de Franprix.
55% de marge
Voilà un accord bien négocié. En signant avec le spécialiste néerlandais des petits prix, Hema, pour vendre dans ses Franprix tasses, stylos, gourdes et autres, Jean-Paul Mochet a trouvé une bonne formule pour doper sa rentabilité. La marge brute sur ces petits équipements de la maison s’élèverait à 55%, contre 38% en moyenne pour l’enseigne. Selon nos informations, il aurait approché Nature & Découvertes pour un partenariat du même type !
Coquet
Sa mère, sans le sou, se fournissait dans les friperies pour l’habiller. Alors, pour éloigner ce mauvais souvenir, il soigne son apparence : il glisse une pochette de soie dans ses costumes De Fursac ou The Kooples, met des chemises blanches à boutons de manchette, enfile des chaussures bien lustrées (il a de quoi les faire briller dans son bureau). Dernier détail : il va toutes les trois semaines chez le coiffeur. “Sinon ça fait des plis sous le casque”, précise ce coquet assumé.
Ses visites mystères
Son véhicule de fonction : un Piaggio à trois roues qui lui permet d’éviter les bouchons quand il se rend à Paris dès 6 heures du matin depuis son domicile de Maurepas (Yvelines). Ce scooter lui est aussi très utile quand il effectue ses visites mystères. Une demi-journée par semaine, il embarque la DG adjointe de Franprix, Cécile Guillou, pour inspecter jusqu’à dix magasins. Son œil de lynx vérifie tout, de l’éclairage à la cuisson du pain. On l’a même vu brandir des fleurs fanées au nez d’un directeur en lui demandant si sa femme apprécierait. “C’est moi qui rédige le rapport sur le scooter via mon iPhone entre deux magasins”, s’amuse Cécile Guillou. Acrobatique !
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Nul en anglais
Faute de l’avoir appris à l’école, et malgré des cours particuliers, il comprend mais ne fait que baragouiner la langue de Shakespeare, selon son adjointe chez Franprix, qui joue les traductrices. Il lui faudra trouver une autre bonne âme chez Monoprix pour les réunions avec l’anglais Ocado ou l’américain Amazon, deux partenaires stratégiques.
Merci les insomnies
SPSes nuits sont courtes et ponctuées d’insomnies. Il les met à profit pour noter sur des petits cahiers les idées qui lui passent par la tête (voir photo). En voici de toutes récentes.
– La mode homme doit selon lui être retravaillée chez Monoprix, notamment les chemises, “pas au niveau”.
– L’an prochain, les équipes de Monoprix réaliseront une première collection de jouets destinée aussi à Franprix. Une bonne synergie.
– Il veut créer des cuisines ateliers dans Paris pour préparer les sandwichs, croque-monsieur et autres plats frais des deux enseignes.
Enfin, ce petit croquis est lourd de sens. Monoprix pratique des prix élevés (indice représenté par la ligne du haut), mais la satisfaction client (ligne du bas) n’est pas à la hauteur. Entre les deux, le patron a tracé un V. Le point de départ positionne le Monoprix grand magasin populaire des origines, le bas du V le supermarché qu’il est devenu, et le point d’arrivée, le grand magasin 3.0 qu’il imagine demain. Toujours cher, mais applaudi par les clients.
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Sa part de corvée
Les employés du Franprix Noé de la rue Saint-Dominique à Paris s’en souviennent encore. Enervé de voir ses consignes de rangement non respectées, il s’est emparé d’un tablier et s’est mis tout seul à remettre le magasin au carré pendant deux heures. Les managers se sont branchés sur les caméras de surveillance. Ça a fait le tour du siège. “Une partie de mon travail est théâtrale”, explique celui qui a tourné dans l’émission de M6, Patron incognito. Déjà, lorsqu’il était gérant d’un restaurant Quick, il envoyait du Giant à midi et balayait le carrelage. Un management par l’exemple.
Vendredi, c’est philoposphie
SPIl n’y a pas que le tiroir-caisse dans la vie. Deux fois par mois, notre épicier philosophe avec son mentor en communication, Jean-Marc Arnould. Leurs séances de brainstorming se déroulent dans une ancienne brasserie du quartier Pigalle, à Paris, transformée en lieu cosy. “On y boit du thé de Chine, il peut fumer ses Dunhill, on discute en dehors des sentiers battus”, nous explique son conseiller. Cela fait quinze ans qu’Arnould aide Mochet à rédiger tous ses discours. Il a aussi collaboré à son livre paru en février 2019, Affinité. Le patron semble satisfait : “Il me coûte 20 fois moins cher qu’un KPMG.”
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Sa vision de l’ex-Franprix
SPEn 2015, pour le premier séminaire de l’histoire de Franprix, 600salariés rassemblés dans un théâtre parisien ont été plongés dans le noir complet pendant une minute trente. Puis tic-tac, tic-tac, un métronome s’est mis en route. Il accompagnait une vidéo de pastèque pourrissant en accéléré, avec une voix o qui déclarait : «Voilà ce qu’est devenu Franprix.» Jean-Paul Mochet voulait marquer les consciences avant de présenter son nouveau concept baptisé Mandarine. L’électrochoc a un peu trop bien marché, certains dans l’assistance se sont mis à pleurer.
Signe extérieur de richesse
SP TeslaCette Tesla Model X à 100.000 euros pourrait être son seul signe extérieur de richesse… s’il la sortait du garage. Mais ses collègues ne l’ont jamais vue. “Ma femme voulait une électrique”, sourit l’amateur de technologie. A part ça, que fait-il de son argent ? “Rien, des voyages au Vietnam (NDLR : pays d’origine de son épouse), où je prends des milliers de photos.”
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Sa conquête de Monoprix
A-t-il bénéficié d’une indiscrétion ? Un an avant que le président de Monoprix, Régis Schultz, ne quitte l’enseigne, Jean-Paul Mochet est parti en campagne. Objectif : se rendre plus visible. D’où Patron incognito (pas tant que cela) sur M6, suivi du livre Affinité. “J’observe Monoprix depuis des années”, nous avoue-t-il. Dans son discours de passation de pouvoir, son prédécesseur, beau joueur, lui a dit : “Tu seras plus fort que moi pour aller décrocher des capex”, autrement dit pour convaincre le patron du groupe Casino, Jean-Charles Naouri, d’investir. Schultz aurait même soufflé à ses proches : “Si lui n’y arrive pas, Monoprix coulera.” Le défi est de taille : avec ses 1.600 salariés rien qu’au siège social, Monoprix sera autrement plus difficile à remuer que le très agile Franprix.
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Flopée de flops
Pour moderniser ses magasins, il avance des idées en rafale. Neuf sur dix n’aboutissent pas, comme celles-ci : des sacs adaptés aux paniers Vélib’, un outil de calcul du taux de nitrate dans les fruits, des écrans devant les vitrines pour blogueurs de quartier… Il y a trois ans, il voulait même que Franprix livre des petits déjeuners à domicile. “On avait créé trois laboratoires, mais c’était trop coûteux et on les a fermés au bout de six mois”, explique le responsable innovation. Pour Mochet, “ce n’est pas grave de se planter, l’important c’est de tester”.
Parti de rien
SPPar pudeur, il s’interdit d’en parler. Pourtant, Jean-Paul Mochet s’est vraiment construit tout seul. Né en 1964 à Paris, lui et sa sœur ont été élevés par leur mère dans la cité des Boullereaux de Champigny-sur-Marne, plaque tournante du traffic d’héroïne dans les années 1990. Seules distractions pour lui, la patinoire municipale, où il pratique le hockey, et la lecture de Jules Verne, trouvé dans la bibliothèque décorative du salon familial. A15ans, il quitte l’école, et à 17, il fuit son quartier, avec pour seul bagage une carte d’identité et une paire de baskets de rechange. Il enchaîne les petits boulots : vendeur d’encyclopédies ou d’électroménagers en porte-à-porte, plongeur, serveur, barman, maître d’hôtel. Sans toit, il dort sur son lieu de travail. Mais très vite son énergie le sauve. A 24 ans, il monte sa première pizzeria, puis une seconde à Saint-Maur-des-Fossés, où il attire le client avec des soirées à thèmes (jazz, karaoké). “On vient pour ce qui ne se vend pas”, rappelle, comme un mantra, celui qui a introduit des toilettes, une gamelle pour chien, un collecteur de mégots ou encore des prises de recharge de trottinette dans ses Franprix.
Pas de chichis
ALF photo – stock.adobe.comLes tourelles hiérarchiques, très peu pour lui. Jean- Paul Mochet aime vivre avec ses équipes. Pour preuve, il n’hésite pas à partager avec elles une pizza ou un McDo sur le pouce, ou mieux, un kebab, son péché mignon. “On en prenait des pleins de sauce avec des frites bien grasses”, se rappelle son ex-adjointe du supermarché Casino du XVIe arrondissement de Paris. Même décontraction chez Quick, où le soir il jouait au foot avec ses employés. “Il n’était même pas capitaine mais il redevenait le chef le lendemain matin”, se rappelle l’un d’eux.
Poulet d’appel
SPC’est en passant devant un Tesco Express à Londres qui fleurait bon l’odeur de poulet que le patron de Franprix a eu le déclic. “Je voulais depuis longtemps faire manger les gens sur place autour d’un plat sain et accessible”, nous explique-t-il. Emblème de son concept Mandarine, les deux cuisses-patates à 3,90 euros ne lui rapportent quasiment rien (15% de marge brute selon nos informations) mais font entrer beaucoup de monde. Au total, la restauration sur place ou à emporter représente déjà 10% des ventes de l’enseigne.
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Naouri-Mochet, la glace et le feu
Tout semblait opposer le propriétaire de Casino et son cadre dirigeant. Jean-Charles Naouri a fait Normale sup, l’ENA, Harvard. Jean-Paul Mochet n’a pas le bac. Le patron du groupe Casino impressionne par sa réserve froide, son N–1 n’est qu’empathie chaleureuse. Mais tous deux partagent une passion pour l’analyse chiffrée et font preuve d’intuition. Leur rencontre, en 2004, n’est pas banale. Mochet dirige alors le super marché Casino du XVIe arrondissement de Paris, où le couple Naouri fait ses courses. “Il était un propriétaire qui pose beaucoup de questions et moi un gérant qui dit les choses, il m’a fait confiance”, se souvient celui qui apparaît aujourd’hui en position de potentiel dauphin.
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Francine Pernod

Francine Pernod

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