L’investissement porte la croissance de la France

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C’est une première depuis 2004, la France est le premier contributeur à la croissance de la zone euro en 2019, devant l’Allemagne. Retour sur les raisons d’un succès français... Une tribune de Stéphanie Villers, économiste et spécialiste de la zone euro.

Finalement, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. L’économie française a su tirer son épingle du jeu en 2019 alors que le reste des pays européens fait grise mine. L’analyse conjoncturelle nous apporte quelques éclairages. Il n’y a rien de surprenant dans la bonne tenue de la croissance en France. Tous les ingrédients étaient déjà dans la corbeille, il suffisait d’attendre que la mayonnaise prenne.
Les planètes sont restées alignées tout au long de 2019 avec des taux d’intérêt très bas, un euro compétitif et un prix du pétrole bon marché. Les tensions sociales ont obligé le gouvernement à dégager 17 milliards d’euros supplémentaires pour les ménages. Tous ces paramètres ont orienté les chiffres dans la bonne direction et ont fait apparaître de réels signes d’amélioration et de satisfaction. Satisfecit sur la confiance des ménages, satisfecit sur le climat des affaires et de l’investissement des entreprises, satisfecit sur le taux de chômage. Ainsi, en dépit de ces turbulences sociales, la France est devenue le moteur de la croissance de la zone euro alors que celle de l’Allemagne fait grise mine. Le PIB français devrait enregistrer une progression de 1,5% en 2019. A contrario, celui de l’Allemagne peinera à atteindre 0,5%.
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Pourtant, l’Allemagne bénéficiait du même contexte économique que la France. Mais le modèle économique d’outre-Rhin, qui repose quasiment exclusivement sur ses exportations, s’est pris en pleine face la guerre commerciale enclenchée par Trump. Les Allemands déchantent. Et même si la probabilité d’un accord sino-américain avant l’élection présidentielle aux Etats-Unis est fort probable, la reprise du commerce mondial ne pourra pas tout pour l’économie germanique.
L’Allemagne, qui avait su réformer son modèle productif en le transformant en machine à exporter à partir de 2003, voit son modèle se fissurer. Sur les deux dernières décennies, son industrie s’est restructurée et s’est orientée vers la production de qualité et haut de gamme. Aujourd’hui cependant, le manque d’investissement dans les secteurs d’avenir laisse entrevoir une perte de compétitivité ultérieure, avec des salaires qui progressent bien plus vite que la productivité.
La France, de son côté, n’a pas su monter en gamme comme l’Allemagne et s’est pris de plein fouet la concurrence des pays à bas coûts. Mais maintenant, la donne a en partie changé. C’est vers le numérique, l’intelligence artificielle et la transition écologique que l’économie se développe. La France, qui avait pris du retard lors des vingt dernières années, a pris enfin la mesure de la révolution numérique.
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Selon une étude de France Stratégie, l’investissement des entreprises françaises est plus élevé que celui de la plupart des entreprises des pays européens depuis dix ans. Elles investissent davantage dans les actifs immatériels (logiciels, bases de données, R & D). Ainsi, le taux d’investissement en R & D en France représente 10,7% de la valeur ajoutée en 2016 alors qu’il n’atteint que 8,4% en Allemagne. Les entreprises françaises préparent le terrain de demain en s’appuyant sur les outils numériques pour devenir plus compétitives et pour prendre place dans «l’industrie du futur». Depuis 2016, la dynamique est enclenchée et les investissements dans les projets d’avenir ont été stimulés par le contexte de taux bas. 2020 marquera un tournant avec les premiers effets tangibles sur l’amélioration de la compétitivité nationale.
>> Cet article est au sommaire du nouveau numéro disponible en kiosque et en numérique.

Francine Pernod

Francine Pernod

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