Le made in France dopé par le coronavirus ?

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Privée d'usines chinoises, une PME relance sa production en Seine-et-Marne. Les délocalisations pourraient être quelque peu remises en question par l'épidémie de coronavirus, même si fabriquer en Chine reste toutefois moins onéreux...

La propagation du coronavirus pèse lourdement sur l’activité économique en Chine… mais créée des emploie ailleurs dans le monde, y compris dans l’Hexagone. Sandra, qui a bénéficié d’une formation express, vient d’être embauchée chez un fabricant de thermomètres en Seine-et-Marne qui a relancé sa production pour cause de coronavirus. Située à Vaux-le-Pénil, au sud de Paris, la société STIL fabrique des thermomètres et baromètres en verre depuis 1945 pour les laboratoires, l’industrie agroalimentaire, le bâtiment ou encore la puériculture.
Jusqu’aux années 2000, l’entreprise familiale maîtrise chaque étape de la production: “Soufflage manuel, étalonnage, montage, peinture en sérigraphie et conditionnement”, énumère son président Gérard Lux. Puis le savoir-faire français est “transmis aux partenaires chinois” où le coût de production est moindre. En Seine-et-Marne, les machines s’arrêtent et le nombre d’employés est réduit de 50 à 15 personnes. Mais le nouveau coronavirus, parti de la ville chinoise de Wuhan, a changé la donne.
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Les usines de ses trois partenaires chinois sont à l’arrêt “depuis le Nouvel an chinois fin janvier et les ouvriers ne sont pas revenus travailler”, résume M. Lux, qui a racheté en 2011 avec son fils la société STIL à la famille fondatrice. Mais selon lui, la paralysie de l’industrie chinoise s’avère “une opportunité” : les vieilles machines de l’entreprise, âgées de 30 à 40 ans, ont repris du service et les employés retravaillent des produits qu’ils ne fabriquaient plus depuis 15 ans.
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L’entreprise qui produisait 30% de ses thermomètres en France avant l’épidémie de coronavirus, a pour objectif de passer à 50% d’ici à la fin de l’année. L’usine seine-et-marnaise “a une capacité de production d’environ 10 millions de thermomètres, on en fait actuellement près de 300.000 donc on a une marge de progression énorme”, assure l’ancien ingénieur dans l’automobile. Il a aussi dû de nouveau recruter: “J’ai embauché Sandra il y a trois semaines et si cela continue, j’aurais besoin d’une ou deux personnes supplémentaires avant la fin de l’année”, dit-il.
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Les employés se remettent, eux, aux techniques de production abandonnées depuis des années. Fernande Fernandes, 59 ans, refait de la sérigraphie : “Ca me manquait”, confie la plus ancienne employée de STIL, qui avec la concurrence chinoise a vu au fil du temps son travail réduit à de la manutention. A un an de la retraite, elle transmet aux deux derniers embauchés les différentes techniques acquises en 35 ans de carrière pour fabriquer un thermomètre de A à Z. “Les entreprises vont réfléchir un peu” avant de délocaliser, raille la sérigraphiste.
Non loin de sa machine, Vasco Goncalves s’attèle à fabriquer le réservoir d’un thermomètre destiné aux charcutiers. “Cela fait un an et demi que je suis dans la boîte, je ne connaissais pas avant”, explique le tout nouveau souffleur de verre. C’est Martine Le Dimna, 17 ans d’ancienneté, qui lui enseigne “les anciennes de méthodes” de soufflage de verre, arrêtées depuis la délocalisation en Chine.
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Si l’entreprise STIL veut produire localement 50% de sa production, son patron met cependant en garde: “C’est le client qui décidera si oui ou non il est capable de payer un surcoût. C’est bien beau d’avoir un thermomètre français mais ce n’est pas un coût chinois. Il faut prendre en compte les salaires, les taxes foncières, l’énergie…” Un thermomètre de bain pour bébé de fabrication chinoise, par exemple, coûte à peu près 45 centimes et est vendu 4 euros en grande surface.
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Au coût de production s’ajoute aussi “les matières premières, il y a de moins en moins de scieries en France, et les éléments électroniques ne sont plus produits en Europe. On a tout transmis aux Chinois”, souligne M. Lux. “On ne pourra jamais se passer de la Chine mais avec le coronavirus le rapport de force avec les entreprises françaises pourrait s’équilibrer pour ne pas être totalement dépendant”, analyse le patron de STIL qui affiche un chiffre d’affaires de trois millions d’euros en 2019.
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Getty Images

Francine Pernod

Francine Pernod

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