Coronavirus : quel impact sur l’immobilier en France ?

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Heny Buzy-Cazaux, président de l'Institut du Management des Services Immobiliers analyse les conséquences que pourrait avoir l'épidémie sur le secteur du logement en France. Les effets pourraient bien ne pas être ceux qu'on croit...

Ça y est. Notre pays pourrait bientôt passer au stade 3 de vigilance pour combattre le coronavirus, qui parti de Chine, prend jour après jour l’ampleur d’une pandémie. Ce sont d’abord les conséquences sanitaires qui préoccupent tant les dirigeants politiques que les ménages. Des milliers de personnes sont déjà mortes de ce virus dans le monde et dix-neuf décès endeuillent déjà la France. On a eu le sentiment qu’on seuil avait été franchi quand un député de la nation s’est révélé contaminé, encore en réanimation au moment où s’écrivent ces lignes. Pourtant, les conséquences sur l’économie finissent par inquiéter plus encore, sans doute parce qu’elles touchent et toucheront tout le monde et à l’évidence pendant une durée longue. Le ministre de l’économie prévoit près d’un demi-point de croissance en moins. Les raisons immédiates ont trait à la paralysie qui s’ensuit des précautions prises pour endiguer la propagation du virus, avec des livraisons entravées et des échanges commerciaux bloqués. On commence également à parler du droit de retrait des salariés, qui peuvent dans ces circonstances rester chez eux et renoncer à travailler, sans pouvoir prétendre à rémunération. Sans compter les annulations d’événements de toutes natures, qui entraînent des effondrements de chiffre d’affaires, qu’ils soient sportifs, commerciaux ou artistiques.
On ne s’est pas encore particulièrement attardé sur ce pan majeur de notre économie qu’est l’immobilier. Il est clair qu’il sera affecté, mais peut-être pas aussi gravement qu’on l’imagine et moins que d’autres. D’abord notre industrie immobilière est essentiellement domestique: les matières premières sont en grande partie issues d’entreprises françaises et la main d’œuvre  n’est pas non plus importée, si l’on excepte le phénomène de la main d’œuvre détachée. En revanche, la construction sera tout aussi touchée que les autres secteurs par le cantonnement de personnes jugées à risque ou malades, qui affaibliront les équipes des entreprises tous corps d’État. On rappellera qu’un million et demi de personnes travaillent dans le bâtiment et constitue un vivier statistiquement exposé. Qu’en sera-t-il de l’aval de la filière, de la production aux services ?
De multiples aléas vont peser sur ces activités. S’agissant des métiers de la production, l’aménagement, la promotion et la construction, ils sont d’abord très dépendants des collectivités territoriales et de leurs services administratifs, dont la réactivité et l’efficacité sont réduites par les missions nouvelles de circonstance liées à la lutte contre le virus. L’instruction et la délivrance des permis de construire va en pâtir. Les cabinets de géomètres experts, les études notariales, les diagnostiqueurs, les banques notamment sont en outre des acteurs indispensables, tant pour les ventes et les achats de logements neufs que pour les logements existants. Ces services seront aussi en situation tendue. On sait en particulier que le télétravail ne permet pas la même efficacité, surtout lorsqu’il s’agit de dossiers dépendant de données confidentielles. La faculté pour le salarié d’importer chez lui, sur son ordinateur, les informations nécessaires au traitement d’une demande sera limitée. On voit mal par exemple un conseiller d’établissement de crédit ou de courtage pouvoir importer chez lui des données à caractère personnel. On sait d’ailleurs que le risque cyber est majoré par le télétravail et les sociétés privées comme les services publics vont prendre à cet égard des précautions sans précédent.
La dernière question qui se pose spécifiquement à l’immobilier est relative à la demande. Les commerces ou services qui à ce jour ressentent les effets du virus sont nombreux. D’une manière générale, les lieux où l’on sait devoir côtoyer les autres dans des relations de proximité sont les premiers visés, restaurants, cinémas, musées, grands magasins, supermarchés. La question n’est pas semblable pour l’immobilier: que devient l’envie d’acheter un logement quand la mort rôde? On sait que la confiance est le principal ressort de l’investissement des familles et des individus. La confiance est d’évidence ébranlée lorsqu’un péril est là. Néanmoins, il semble qu’il faille distinguer entre deux types de risques. D’une part, ce qui trouble l’équilibre des candidats acquéreurs, grèves, agitation sociale, chômage, instabilité politique dégrade la visibilité à court et moyen termes et l’envie de s’endetter pour vingt ou vingt-cinq ans. Des événements plus graves pourraient, devraient avoir des effets plus lourds encore. Paradoxalement, ce n’est pas le cas. Une démonstration récente nous en a été administrée, les attentats terroristes de Paris, qui ont fait couler le sang dans d’autres villes aussi telle Nice: ils n’ont absolument pas atteint l’appétence à devenir propriétaire ou à investir. Aucun fléchissement d’activité n’avait alors été enregistré. 
Pourquoi cette exception ? Parce que le logement constitue un repaire et un repère, un ancrage, et qu’il joue en quelque sorte un rôle d’anticorps. Il soigne le désarroi. Il ne soigne pas les maux plus superficiels et il semble qu’il panse les plaies les plus profondes et les plus ontologiques. À certains moments de la vie du monde, à certains endroits, la démographie a opéré ainsi: on a fait des enfants pour se prolonger, gagner un sentiment d’éternité, d’indestructibilité. L’avenir proche va nous dire si  le logement est l’une des planches de salut des Français quand la nation a peur et ressent dans sa chair la fragilité de la vie. Au demeurant, si cela s’avère une fois de plus, il faudra que le gouvernement songe à regarder différemment ce secteur économique et social précieux pour le pays. Non pas assisté, sous perfusion et irresponsable, mais animé d’une force interne inextinguible et contagieuse.
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Francine Pernod

Francine Pernod

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