Les conseils d’un coach pour développer votre leadership

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Parce qu'il a refusé de couper des têtes dans son équipe, on a imposé un coaching à Eric afin qu'il travaille son leadership et son assertivité. Il évoque sa situation avec le "coach" Pierre Blanc-Sahnoun.

Responsable de la maintenance dans un grand groupe pharmaceutique mondial qui possède trois usines en France, Eric, 42 ans, gère une équipe de huit salariés. D’après le directeur industriel qui le chapeaute, son management au quotidien ne pose pas de problème particulier, mais, selon le DRH France, Eric se trouve en difficulté pour s’aligner avec la stratégie RH du groupe et il serait bien qu’il progresse dans sa posture de leader et développe son affirmation de soi. Son entreprise souhaite donc qu’il suive un coaching sur le thème du leadership et de l’assertivité. Comme je travaille depuis longtemps avec ce groupe, je propose de rencontrer Eric une première fois dans les locaux de l’entreprise lors de mon prochain déplacement à Paris, ce qui permettra de savoir s’il souhaite entreprendre cet accompagnement avec moi.
Le coach : Alors, pourquoi vous a-t-on proposé de suivre un coaching ?
Ah, je pensais que c’était vous qui alliez me l’expliquer ! Le DRH France m’a dit qu’il fallait que je me fasse accompagner parce que j’avais un problème de leadership avec mon équipe. Il m’a expliqué qu’il allait me recommander à un coach qui prendrait contact avec moi dans les prochains jours. Vous m’avez appelé et nous avons fixé ce rendez-vous.
Très bien. Vous, qu’est-ce que vous en attendez ?
Eh bien, j’espère que vous allez me former à des outils de management qui vont me permettre de progresser dans mes performances avec mon équipe. Et, notamment, d’améliorer mon leadership et mon assertivité.
Ça tombe mal, je n’y connais strictement rien en leadership et en assertivité. C’est à peine si je sais ce que c’est. Mais, par contre, vous avez l’air d’avoir une vision assez précise du sujet. Est-ce que vous m’aideriez à y voir plus clair afin que je sois capable de vous aider à mon tour ?
(Il me regarde d’un air interloqué) …
Je sais, c’est moche. Normalement, je devrais être au courant. Mais je préfère être honnête avec vous afin de partir sur de bonnes bases.
Bon, eh bien ça, ce n’est pas courant alors ! Au moins, vous êtes franc. C’est un point positif. Moi aussi, je vais être franc avec vous : je ne sais pas trop ce qu’ils veulent, mais ce qui est important, c’est qu’ils ne me virent pas. Au contraire, ils me payent un coaching, ce qui veut dire qu’ils investissent sur moi. Donc… Moi non plus, je ne vois pas trop ce qu’ils entendent par leadership ou assertivité, mais je ferai le nécessaire, car je suis content que l’entreprise m’aide à progresser et, surtout, qu’elle me garde sa confiance.
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C’est drôle, ça, quand même. Nous sommes censés faire un coaching sur un sujet, mais nous ne savons ni l’un ni l’autre ce que c’est exactement… (Rires.) Vous avez l’air de considérer que l’entreprise aurait pu se séparer de vous ?
Il y a eu un gros problème il y a trois mois, et j’ai vraiment cru que les carottes étaient cuites ! Mais ça c’est tassé et ça se solde par ce coaching. Donc ouf.
Vous voulez bien me parler de ce problème ?
Oui, bien sûr, c’était au moment du Savings Plan.
Ah zut ! Une autre chose que je dois vous avouer c’est que je ne parle pas du tout anglais. Désolé, ils vous ont vraiment mis un coach au rabais ! (Rires.)
Bon, il s’agit d’un plan d’économie. Comme chaque année, le groupe cherche à améliorer sa rentabilité, donc à réduire les frais généraux. Et, dans chaque équipe, il fallait désigner une ou deux personnes pour les faire partir. On avait la possibilité de leur proposer des ruptures conventionnelles. Le but, c’est de diminuer la masse salariale en prévision d’une année difficile, alors que nous devons délivrer les objectifs pour le marché.
Et alors ?
Alors, j’ai refusé.
Comment ça ?
J’ai dit non. Je suis capable de licencier quelqu’un qui a fait une grosse bêtise, genre piquer dans la caisse. Mais, par contre, les membres de mon équipe n’ont pas démérité, ils se défoncent au travail, ils ont d’ailleurs de très bonnes évaluations depuis des années. Je ne vois pas comment je pourrais en faire partir un ou deux sans aucune raison valable.
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Vous considérez que délivrer les objectifs pour le marché n’est pas une raison valable ?
Bien sûr que c’est important, mais pas au point de commettre des injustices et de mettre quelqu’un à la porte. Tous mes collaborateurs, je les connais. Ils ont des familles. Ce n’est pas facile du tout de retrouver du travail en ce moment dans des petits patelins comme les nôtres.
Et alors ?
Alors, on m’a fait savoir que j’avais un problème de leadership et que je n’étais pas suffisamment assertif. Qu’il allait falloir améliorer cela sinon, moi aussi, j’allais devoir partir. Vous savez, nous sommes dans un groupe très dur, qui n’a pas beaucoup de considération pour l’humain.
Qu’est-ce que vous en pensez, vous ?
Je pense qu’il y a quand même des limites à ne pas franchir. En particulier ne pas jouer avec la vie des gens.
Ah, je crois que je viens de comprendre quelque chose d’important !
Ah bon ?
Oui, depuis que votre direction me parle de vous, Eric, elle vous a décrit comme un mauvais manager, un manager qui manque de leadership. Mais, apparemment, ce n’est pas tout à fait ça. Est-ce que vous ne seriez pas plutôt, comment dire, un «amoureux de la justice» ?
(Avec les yeux qui brillent…) Oui, absolument, c’est tout à fait ça !
Je serais curieux d’en savoir plus sur ce qui amène quelqu’un à devenir un amoureux de la justice. Quelle est, par exemple, la première occasion où vous avez rencontré la justice et en êtes tombé amoureux ? Quelqu’un vous a-t-il présenté l’un à l’autre ?
Quelle question bizarre… Laissez-moi réfléchir. Il me semble que la justice a toujours été présente dans ma vie, depuis l’enfance. Il faut vous dire que mon père était médecin de campagne. A l’époque, nous n’avions jamais l’occasion de le voir jusqu’à la fin d’un repas ou d’un week-end : le téléphone sonnait dans l’entrée, il se levait pour décrocher et, ensuite, il disparaissait pour aller soigner ou aider des malades.
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C’était lui-même un amoureux de la justice ?
Ah oui, d’ailleurs quand les gens n’avait pas les moyens de le payer, il recevait souvent un poulet, quelques salades, une douzaine d’œufs…
C’est donc lui qui vous a appris à connaître et à apprécier la justice ?
Oui, une fois il accompagnait une patiente à la maternité distante de 35 kmlomètres pour accoucher, et le travail était trop avancé, alors il a dû s’arrêter sur une aire de repos et la dame a accouché dans sa voiture.
Incroyable !
Quand il est mort (larmes), le maire est venu à la maison avec une délégation du village pour nous demander si nous étions d’accord pour que notre rue soit débaptisée et que désormais elle s’appelle «rue du docteur Duval»…
Ah la la ! (Les yeux au bord des larmes également !) Qu’est-ce que vous deviez être fiers de lui !
Vous pouvez le dire !
Bon, revenons à nos moutons. Qu’est-ce que ces magnifiques histoires vous inspirent ? Cela a-t-il quelque chose à voir avec la situation présente ?
Ah oui, carrément !
C’est-à-dire ?
Cette conversation est couverte par le secret professionnel ?
Bien sûr !
Je vais vous dire : tout cela m’inspire de démissionner et de me barrer de cette boîte. Franchement, reparler de cela, ça m’a nettoyé les lunettes. J’y vois plus clair maintenant. Je ne peux pas rester dans une entreprise qui me demande de faire des choses tellement contraires à mes principes et mes valeurs, ces mêmes valeurs qui m’ont été transmises par mon père jour après jour.
Mais alors cette problématique de leadership ?
Ce sont des mensonges, et je comprends maintenant que vous le saviez depuis le début et que votre attitude était destinée à me faire réfléchir. Un leader, ce n’est pas quelqu’un qui obéit aveuglément aux ordres et met en danger la carrière et la santé de ses collaborateurs.
Vous ne voulez pas prendre le temps de réfléchir ?
Je vais prendre le temps de me retourner, de refaire mon CV et de trouver autre chose, car je ne peux pas me permettre de démissionner. Mais, en tout cas, je vous remercie beaucoup pour cet éclairage. Cela m’a remis en contact avec ce qui est le plus important pour moi.
Et que disons-nous à votre DRH ?
Que j’ai refusé le coaching. Que je considère ne pas en avoir besoin.
Je suis assez d’accord avec vous sur ce dernier point. Merci de m’avoir consacré du temps et bonne chance pour la suite !
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Après l’entretien
Eric a tenu parole. Il a refait son CV et a décroché un travail dans une petite entreprise concurrente.
J’envoie à Eric le texte suivant, réalisé à partir de ses propres mots et intitulé Rue du Docteur-Duval. Le docteur Duval a longtemps habité avec sa famille dans cette rue qui porte aujourd’hui son nom. Il était très difficile de le voir jusqu’à la fin d’un repas ou d’un week-end. Lorsque le téléphone sonnait dans l’entrée, il partait aider ses patients. Parfois, ils le payaient avec un poulet ou quelques salades. Une fois, une patiente a accouché dans sa voiture sur une aire de repos, car la maternité était trop éloignée. Cette plaque de rue est un hommage aux valeurs qui ont conduit la vie du docteur Duval : justice, fraternité, humanité et courage. Ces valeurs ont été transmises par le docteur à toute sa famille, en particulier à son fils Eric, qui continue à les pratiquer. Ainsi, plutôt que de commettre une injustice qui l’aurait conduit à jouer avec la vie des personnes de son équipe, il a préféré avoir le courage de dire non, quitte à devoir faire le sacrifice personnel de quitter l’entreprise. La rue du Docteur-Duval aurait pu également s’appeler avenue des s’est présenté à son DRH pour démissionner, celui-ci a cherché à retenir Eric. Il n’était plus question de leadership ou d’assertivité, mais simplement de l’excellent travail qu’il avait fourni à la tête de l’équipe de maintenance. Le DRH a reconnu que le plan d’économie était allé trop loin et qu’il s’agissait d’une mesure extrême pour une situation extrême, mais a aussi estimé qu’Eric avait mal interprété les instructions de l’entreprise et qu’il s’agissait seulement d’envisager un certain nombre de restructurations dans les services. Cette justification a été le coup de grâce qui a permis à Eric de confirmer le bien-fondé de sa décision. Il travaille désormais dans une PME où il est responsable de production et où il peut mettre en pratique les valeurs qui donnent du sens à sa vie.
Cette rubrique vous permet de découvrir comment travaillent les coachs. chaque article décrit une situation réelle et la façon dont elle est discutée entre le coach et son client. les noms et les contextes ont été changés, mais les paroles, les récits et les questions ont été conservés.
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Francine Pernod

Francine Pernod

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