Refus du télétravail : ces étranges arguments avancés par des employeurs

Share on facebook
Share on google
Share on twitter
Share on linkedin

Malgré leurs demandes, certains salariés n’ont toujours pas accès au télétravail. Pourtant, leurs fonctions pourraient s’exercer depuis la maison. Florilèges des témoignages recueillis par Capital.

Pendant la période de confinement, le télétravail est devenu la norme pour 8 millions de salariés français. 40% des emplois du secteur privé sont concernés, selon le ministère du Travail. Pour autant, ces chiffres restent théoriques, car l’autorisation de travailler depuis son domicile reste soumise à l’approbation de sa direction. Ces directives ne sont pas toujours bien comprises par les salariés, dont certains font part de leurs angoisses et incompréhensions face à des refus de leurs patrons
Suite à notre article sur les employeurs qui refusent le télétravail, nous avons reçu de nombreux témoignages de salariés inquiets et en colère. “Rester chez soi pour éviter la propagation du virus, d’accord, mais encore faut-il que j’y sois autorisé”, explique Thomas*, cadre dans une agence d’intérim. Dans certaines entreprises, le télétravail était déjà possible avant le début de l’épidémie, mais les salariés ne sont pas autorisés à l’exercer durant la période de confinement. Une situation incompréhensible pour de nombreux employés.
“Les managers sont en télétravail mais pas nous”
“Ça me rend folle, on nous dit qu’on ne peut pas aller à un enterrement, mais on nous oblige à venir au bureau. En temps normal, j’ai pourtant le droit de travailler depuis chez moi”, confie Louise*, salariée d’un groupe immobilier. D’autres reproches concernent le manque d’équipements disponibles pour les salariés. “Mon employeur nous refuse le télétravail en expliquant qu’il n’y a pas de matériel adapté, en l’occurrence, pas d’ordinateur portable”, rapporte Elodie*, salariée dans une banque.
Autre point d’incompréhension : des témoignages nous font part de l’absence des cadres et des managers, autorisés à travailler depuis chez eux. Laura*, conseillère dans une banque, vient d’apprendre que les managers de son service sont en télétravail. “Cette différence de traitement est intolérable, nous écrit-elle, on nous explique que le réseau pourrait être saturé si tout le monde se connecte en même temps.” Dans ce cas, “pourquoi ne pas avoir envisagé des temps de connexion répartis entre les équipes ?”, interroge t-elle.
>> Lire aussi : Le coronavirus progresse plus vite en France qu’en Italie
Inquiétudes dans l’open space qui ne désemplit pas
Certains employés dénoncent également le manque de préparation de leurs entreprises face à l’épidémie. “Nous sommes plusieurs dizaines à travailler en open space, à moins d’un mètre les uns des autres, sans aucune protection, ni aucun gel hydroalcoolique à disposition”, fulmine Marc*, employé dans le secteur social. Même discours chez Thomas*, qui manipule du matériel informatique toute la journée. “On se croise dans les ascenseurs et les escaliers, nous rencontrons bien plus que les cinq personnes maximum par jour que recommande le gouvernement”.
L’inquiétude et l’angoisse des salariés est perceptible dans les témoignages que nous avons reçus. Certains publics sont particulièrement exposés, comme Maryse*, commerciale sédentaire, tout juste remise d’un cancer. “Mon patron n’a pas souhaité en tenir compte. Pourtant, mon travail s’exerce uniquement par téléphone. J’ai peur de perdre mon job si je me plains”. De son côté, Nolwenn*, travailleuse reconnue handicapée à cause d’une maladie neuromusculaire, se voit également refuser le travail depuis son domicile, bien qu’elle soit employée de bureau.
>> Lire aussi : Votre patron continue de vous refuser le télétravail ? Racontez-nous
“Notre région est épargnée pour l’instant”
Parmi les autres reproches, les salariés ne comprennent pas toujours les arguments utilisés par les employeurs. “Mon patron nous dit que le confinement ne fait pas l’unanimité auprès des scientifiques, car en Angleterre, ils appliquent une méthode différente”, nous rapporte Marc*. Un autre témoignage nous indique un refus de télétravail au motif que “la région est épargnée pour l’instant”.
Le constat est similaire pour Maxime*, salarié dans une entreprise de livraison de courses, mais dont le métier n’impose pas une présence physique. “Notre dirigeant nous a expliqué qu’il fallait être solidaire face au coronavirus et continuer de venir. Selon eux, nos défenses immunitaires seront boostées grâce à cette immunité collective que nous allons mettre en place…”. Le télétravail étant toujours hors de question pour sa direction, Maxime* indique se sentir impuissant et démuni.
Le Crédit Mutuel mis en cause
Parmi les nombreux témoignages reçus, une dizaine concernent le Crédit Mutuel ou ses filiales. Les employés du groupe mutualiste indiquent régulièrement que la direction n’est pas favorable au télétravail, notamment pour les prestataires. “Alors qu’il serait possible de continuer de travailler à distance, la production est arrêtée et nous allons nous retrouver au chômage technique”, nous confie Mathieu*, qui intervient chez EPS, une entreprise de télésurveillance liée au Crédit Mutuel.
Contacté par Capital, le groupe mutualiste indique travailler “d’arrache-pied pour permettre au maximum de collaborateurs de se mettre au télétravail”. Chez Euro-Informations en Alsace, 30% des effectifs serait déjà en télétravail depuis lundi, soit 1.200 informaticiens. “Cette proportion devrait rapidement passer à 75%”, selon un porte-parole de l’entreprise. Le Crédit Mutuel affirme également que “des dispositions sont prises pour aménager les espaces de travail afin de respecter les distances minimales entre les collaborateurs, interdire les réunions et limiter les déplacements”.
>> Lire aussi : Le mutualisme français à l’épreuve d’une guerre des tranchées au Crédit Mutuel
Ces affirmations vont pourtant à l’encontre des nombreux témoignages que nous avons reçus. “Jusqu’à lundi matin, aucune mesure particulière n’avait été mise en place par la direction pour assurer notre santé”, témoigne Frédéric*, qui travaille pour une filiale du Crédit Mutuel en Ile-de-France. Plus inquiétant, des collaborateurs revenant de zones exposées au coronavirus et présentant des symptômes suspects se seraient rendus dans des locaux du groupe.
Que faire si mon patron me refuse le télétravail ?
De nombreux salariés inquiets semblent démunis face au refus de leur employeur. Pour multiplier vos chances d’obtenir gain de cause, formulez votre demande par écrit et adressez une copie au responsable des ressources humaines. Pensez à bien détailler les raisons qui vous poussent à demander à travailler depuis votre domicile, par exemple si vous devez prendre les transports en commun ou si vous ne possédez pas de lieu de restauration dans l’entreprise.
Vous pouvez également joindre dans votre demande les récentes déclarations de Muriel Pénicaud, la ministre du travail : “Si vous êtes salarié et que votre travail peut être fait en télétravail, il faut rester chez vous. C’est un droit automatique.” L’employeur peut-il vous reprocher de vous mettre en télétravail sans son accord ? En théorie, oui, car son autorisation reste indispensable pour rester chez soi. Cependant, dans le contexte actuel, il existe un risque très faible que celui-ci vous sanctionne. Si l’employeur tentait de vous licencier pour abandon de poste, il justifiera difficilement cette situation devant les prud’hommes et vous pourrez faire valoir vos droits. Enfin, si l’employeur s’obstine, vous pouvez faire valoir votre droit de retrait.
>> Lire aussi : Télétravail : quels sont vos arguments en cas de refus de votre employeur ?
Une procédure simplifiée pour les personnes fragiles
Pour les personnes en situation de fragilité, selon les critères du Haut conseil de la santé publique (HCSP), en l’absence de solution de télétravail, il est possible de demander un arrêt de travail. Les patients concernés sont ceux souffrant d’antécédents cardiovasculaires, de diabète, d’insuffisance respiratoire chronique, d’insuffisance rénale ainsi que les femmes enceintes. Pour en bénéficier, il suffit de s’enregistrer sur Ameli, le site de l’assurance maladie en ligne.
*Tous les prénoms ont été changés pour protéger l’anonymat.

Francine Pernod

Francine Pernod

Laissez vos commentaires!