Les fonds spéculatifs veulent profiter de la déroute des entreprises fragilisées

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Les hedge funds se jettent sur les marchés et les entreprises malades du coronavirus. Certains achètent à bas prix des actions massacrées. D'autres misent sur la faillite des sociétés les plus fragiles financièrement.

Alors que de nombreux investisseurs en actions ont perdu gros (30.000 milliards de dollars au niveau mondial !) avec la débâcle des marchés, les fonds spéculatifs (hedge funds, qui gèrent l’argent que leur confient les plus riches et les fonds de pension ou souverains), cherchent désormais à profiter du marasme actuel. Que ce soit à la hausse ou à la baisse. Un nombre important d’entre eux veulent persuader leurs clients que la débâcle et les incertitudes économiques actuelles constituent une opportunité d’investissement unique, selon des notes internes consultées par l’AFP. Certains ont déjà eu des discussions avec des investisseurs et de potentiels nouveaux clients, à qui ils ont martelé que les actifs financiers – actions, obligations des entreprises, matières premières – n’avaient jamais été aussi peu chers depuis la crise des subprimes de 2008, selon des sources proches du dossier.
“Nous ne levons de l’argent frais que quand nous entrevoyons des opportunités sur les marchés”, souligne auprès de l’AFP une source interne chez Baupost Group. Ce hedge fund, qui n’avait pas sollicité les investisseurs depuis 2011, a investi récemment 1,5 milliard de dollars dans des actifs déprimés et propose à ses clients d’augmenter leurs fonds afin de lui permettre d’être plus agressif. Les hedge funds veulent investir dans les entreprises laminées en Bourse et s’intéressent aussi aux sociétés non cotées qui sont à court de liquidités. Ils font le pari que les plans de relance massifs des gouvernements vont aider à la reprise de l’activité économique et au redressement des marchés.
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King Street Capital Management a adressé une lettre, consultée par l’AFP, à des investisseurs, dans laquelle le hedge fund se dit en quête “des grandes entreprises de haute qualité dont les dettes et les (demandes de) prêts ont été affectées par la débâcle”. Citadel, le hedge fund du milliardaire Kenneth Griffin, un des premiers financiers à avoir mis en garde contre le Covid-19, est même allé jusqu’à créer un fonds spécifique. Baptisé “Citadel Relative Value Fixed Income Fund”, d’après un document boursier, ce fonds vise à profiter de la volatilité sur les marchés, insiste Citadel, dont des véhicules d’investissements vedettes avaient accusé des pertes de 55% lors de la crise de 2008.
“Ce n’est pas une crise sanitaire chinoise. C’est une crise sanitaire mondiale”, avait déclaré le 6 février au Club économique de New York M. Griffin, en référence au Covid-19. Le coronavirus est, selon lui, “probablement un des plus gros risques à court terme auxquels vont être confrontés les marchés financiers à travers le monde”.
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Les économistes s’accordent désormais pour dire que la pandémie de coronavirus, qui a déjà fait environ 23.000 morts à travers le monde, allait entraîner une récession de l’économie mondiale. De nombreux secteurs économiques sont à l’arrêt ou tournent au ralenti. Les compagnies aériennes sont quasiment à genoux, les groupes hôteliers, les chaînes de restaurants et les sociétés spécialisées dans les hydrocarbures de schiste agonisent.
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D’après S Global, le taux d’entreprises américaines en difficultés financières susceptibles de faire défaut dans les 12 prochains mois devrait plus que tripler, de 3,1% en décembre à 10%. Ce qui fait le bonheur du hedge fund Saba Capital Management, dont le fondateur, Boaz Weinstein, a annoncé à ses clients, via un courrier, miser sur des défauts et des faillites de sociétés considérées financièrement fragiles par les agences de notation. Ces paris sont gagnants pour l’instant car il affiche des gains de 33% sur le seul mois de mars, selon M. Weinstein.
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Il n’est toutefois pas certain que tous les hedge funds aient la même baraka, d’autant que de nombreux investisseurs sont devenus prudents et préfèrent investir leur argent dans des actifs jugés sûrs et peu volatils. Et d’autres hedge funds souffrent par ailleurs, à l’instar de Bridgewater Associates, le numéro un mondial du secteur, devenu célèbre pour avoir réussi à gagner de l’argent pendant la crise financière de 2008. Les véhicules d’investissement phares de Bridgewater ont enregistré des pertes historiques en mars, à cause de paris ratés sur la hausse continue des marchés, selon un courrier adressé aux clients et consulté par l’AFP.
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Francine Pernod

Francine Pernod

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